Il y a trois ans, à l’occasion de la sortie
de son roman «Je bande donc je suis», Érik
Rémès a été l’objet de
vives attaques de la part d’associations homosexuelles:
elles considéraient qu’il était criminel
- le qualificatif n’est pas de moi - que soient mises
en avant des pratiques sexuelles non protégées
alors que le sida faisait des ravages.
J’ai été très choquée
de ces réactions, considérant que ce mauvais
procès fait à un auteur était une atteinte
directe à la liberté de création. A-t-on
jamais reproché à Roméo et Juliette
de faire l’apologie du suicide ? A-t-on jamais insinué
que Patricia Cornwell donnait du grain à moudre aux
serial-killers ? Non, on ne l’a jamais fait et la manière
dont certains ont couvert d’opprobre Érik Rémès
me semble à l’aune du peu de considération
que rencontre la création lesbienne, gay, bi ou trans
(LGBT).
C’est bien connu: dès qu’un auteur ou
un créateur qualifie son écriture ou sa création
d’une touche de représentation d’un groupe
minoritaire, sa piètre qualité est de fait
avérée. Les médias straights, considérant
qu’il s’agit forcément là d’une
culture de ghetto, ignorent ces créations, comme
si le fait d’écrire un roman ou de produire
une oeuvre d’art où s’ébattent
des homosexuels ne pouvait intéresser que les homosexuels.
Cela revient à considérer que l’homosexualité
n’a rien à dire à l’hétérosexualité
: on reproche alors à ces auteurs et créateurs
de se confiner dans un ghetto alors même que ce sont
les autres qui les y enferment puisqu’ils estiment
que seuls seraient concernés celles et ceux qui sont
intimement touchés par ces questions.
Dans un mouvement identique, les auteurs et créateurs
LGBT se sentent plus considérés si leur travail
est montré dans un cadre straight. Il est vrai qu’alors
leurs créations rencontrent un plus large public
: pour les livres par exemple, d’une moyenne de 500
à 2.000 exemplaires vendus par an, leurs romans peuvent
atteindre des sommets, 10.000 exemplaires, voire plus. Ces
lecteurs supplémentaires ne sont d’ailleurs
pas forcément des hétéros, dans la
mesure où les homos ne sont pas exempts du manque
de considération que rencontre la création
LGBT. Ils vont ainsi spontanément apporter plus de
crédit à une oeuvre diffusée par une
entreprise straight, car si celle-ci la diffuse en dépit
du sujet, c’est qu’elle est forcément
de qualité. La boucle est bouclée et la création
LGBT ne trouve guère de reconnaissance - quelques
rares créateurs exceptés - jusqu’à
subir parfois les attaques des uns ou des autres qui portent
un jugement sur l’intention même du créateur
au nom d’une morale LGBT de plus en plus normative.
C’est dans ce contexte que j’ai pris contact
avec Érik Rémès, lui proposant de créer
un élan solidaire de défense de la création
queer LGBT et par voie de conséquence, des créateurs.
On constate, en effet, que le peu de débouchés
de la création LGBT a pour conséquence que
tout créateur qui trouve à faire diffuser
son oeuvre, en est si content, qu’il est prêt
à se faire éditer ou exposer à n’importe
quelles conditions. Les défraiements aux plasticiens
et photographes sont rares, les contrats d’édition
des auteurs posent des conditions financières en
deçà des usages et, ni les uns ni les autres,
ne revendiquent une juste rémunération de
leur travail, par crainte de voir se fermer la porte de
leur seul débouché. Il existe bien sûr
des exceptions: certains éditeurs notamment ne profitent
pas de cette aubaine pour rémunérer leurs
auteurs a minima ou leur faire signer des contrats comprenant
des clauses abusives. Mais combien de bars qui exposent
des artistes LGBT considèrent que c’est déjà
bien gentil de leur part de le faire jusqu’à
parfois ponctionner les revenus des ventes des oeuvres exposées ?
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