dykeplanet
 
site lesbien
accueil
membre
entre-vous
les infos
adresses
boutique
santé
plan du site









 

Y a-t-il une vie après l’hétérosexualité ?

Je ne sais même plus combien de fois je me suis posé cette question ?

 

Une fois l’étape de l’affirmation de mon homosexualité franchie, je me suis précipitée sur le milieu lesbien parisien en croyant naïvement que ce ne pouvait être que l’Éden tant espéré et tant recherché, convaincue que toutes les filles allaient se jeter à mes pieds, éblouies par ma séduction folle… Bon, ce ne fut pas tout à fait ça! A mon grand regret d’ailleurs… Mais une fois redescendue sur Terre, et après avoir compris que les lesbiennes ne sont ni pires, ni meilleures que les autres, j’ai pu pleinement apprécier le plaisir de me retrouver dans des lieux exclusivement lesbiens (bars, restaurants, boîtes de nuit), lieux où il m’est possible de parler de mon désir des femmes avec d’autres femmes qui me comprennent puisqu’elles partagent ce désir ; et où il m’est possible de me fondre dans la masse puisque je n’y suis pas une exception.
La prise de conscience de ma différence m’a placée en marge de la société, et cela a changé considérablement l’angle de vue que je porte sur le monde. Cela m’a amené à porter un œil neuf sur tout ce qui m’environne: sur mes relations avec mes amies et mes amis, sur l’importance de mon travail, sur le choix de mon métier, sur ma façon de vivre, sur mes envies. Mais aussi un œil nettement plus attentif qu’avant, sur la société hétéro-centrée dans laquelle je vis, sur la place que celle-ci réserve à la minorité lesbienne et par extension aux différentes minorités. Il y eut la phase de remise en question de notre système social où le doute quant à ma faculté à envisager tous les aspects d’un même problème était bien réel, suivie de la phase d’élaboration de modifications à apporter à ce système où je nageais dans l’euphorie de ceux qui veulent refaire le monde. Puis ce fut la phase de découragement où je me sentais bien petite face à l’écrasante majorité des hétérosexuels, avant que je ne comprenne que le militantisme nous permettrait à nous, gays et lesbiennes, de devenir une force de propositions. Ce n’est que petit à petit que j’ai appris la confiance en soi et la fierté de soi que procure la certitude de faire partie d’une minorité unie et solidaire.
Toutefois, j’ai eu quelques difficultés à entrer dans le milieu lesbien. Dès que j’annonçais l’existence de mes trois enfants, je voyais bien souvent disparaître mon interlocutrice qui devenait soudainement surchargée de travail, voire injoignable. J’étais étonnée, blessée, de constater que certaines femmes amalgamaient mon passé hétérosexuel à une bisexualité inavouée, cachée. Je me retrouvais exclue du monde hétérosexuel du fait de mon homosexualité et je me sentais rejetée du monde lesbien du fait de mon passé hétérosexuel. Je me demande encore ce qui de mon passé hétérosexuel pose problème à ces femmes. Leur est-il impossible d’accorder leur confiance sans a priori? Leur semble-t-il inconcevable que je puisse m’être trompée si longtemps? À moins que ce ne soit la présence de trois enfants en bas âge avec le poids des responsabilités que cela représente qui n’ait été trop effrayante. Je ne sais pas où est la vérité. Toujours est-il que j’ai souffert de ce type de comportement. Fort heureusement et j’en suis ravie, toutes les lesbiennes ne sont pas faites dans le même moule! De plus, il existe bien plus de mères lesbiennes que les apparences ne le laissent a priori penser. Avec le temps, je me suis fait quelques amies fidèles et au détour de ce qui ne devait être qu’une aventure, j’y ai rencontré l’amour. Aujourd’hui, celle dont je me plais à penser qu’elle devient chaque jour un peu plus ma femme, éclaire mes jours, en adoucit les contours, et me rend heureuse.
Alors, même si parfois je trouve que la pente du chemin de l’homosexualité est raide, étroite et ardue, je n’ai aucun regret: une fois en haut, la vue est magnifique. Pour la première fois de ma vie, je suis en harmonie avec moi-même. Depuis que je m’assume telle que je suis, lesbienne et maman, mère et lesbienne, ma vie me ressemble enfin. Et pour rien au monde, je ne retournerais en arrière !

Evelyne - L’alouette lesbienne
http://www.alouettelsb.com

 

 

  haut de page

Visites depuis le 19 mars 2004

 

i  
     
i