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Y a-t-il une vie après l’hétérosexualité ?

Je ne sais même plus combien de fois je me suis posé cette question ?

 

Ma relation avec mon ex-mari, après avoir été très tendue, s’est progressivement apaisée, et c’est très bien ainsi. Nos enfants vivent globalement bien le divorce: plus de dessins aux couleurs marrons et noires dominantes, plus de pleurs inattendus et plus de tension perceptible. Ils se sont adaptés, et même s’ils rêvent (et rêveront sans doute toujours) de voir papa et maman réunis, ils ont accepté l’idée que cela restera à l’état de rêve. Bien sûr, élever seule mes enfants n’est pas tous les jours facile, mais cette situation des milliers de femmes hétérosexuelles la vivent aussi.
Quant à la façon dont mes enfants réagissent face à mon homosexualité, elle est tout ce qu’il y a de plus saine. Face à leur curiosité naturelle qui m’a valu des dizaines de questions sur ma façon de vivre, j’ai vite compris que prendre le temps de leur expliquer les différentes orientations sexuelles possibles, ce qu’est une minorité, ce que sont les tabous et le rejet qu’entraîne parfois la différence, était la meilleure réponse à leur apporter. Je retiens de l’attention dont mes enfants ont fait preuve lorsque je répondais à leurs questions que les enfants ont une réelle ouverture d’esprit et respectent intuitivement les autres, surtout à un âge où le poids des conventions sociales n’est pas encore un fardeau.
Quant à mes parents, ils ont refusé mon homosexualité sept mois, pour ensuite pratiquer la politique de l’autruche onze mois durant. Aujourd’hui, ils sont entrés dans la troisième phase, celle de l’acceptation: il semble qu’ils comprennent désormais que je ne peux personnellement trouver le bonheur qu’auprès d’une femme. Il leur reste encore à parvenir à ne plus avoir honte de ce que je suis et à ne plus avoir honte d’être mes parents. Cependant, le chemin qu’ils ont déjà parcouru est gigantesque. Il n’y aura jamais acceptation de leur part, puisque à leurs yeux l’homosexualité est, et restera toujours, une tare. Cependant, leur attitude face à mon homosexualité a évolué progressivement vers plus de tolérance, et vers plus de positivité et j’en suis profondément soulagée.
Même si ce n’est pas plus simple à dire qu’à faire, la leçon que j’en tire est qu’il faut laisser du temps au temps: les bouleversements et les remises en cause que provoque l’annonce de l’homosexualité sont intenses. Il ne m’a pas été évident d’admettre que ma vie hétérosexuelle ne me convenait plus, qu’elle ne m’avait jamais convenu, que je m’étais trompée. Admettre que je suis irrésistiblement attirée par les femmes quoi que je fasse et quoi que j’en dise, ne s’est pas fait en un jour, ni en une nuit. J’ai mis presque trois ans pour m’habituer à cette idée, à cette nouvelle image que me renvoyait le miroir. Et surtout, il m’a fallu trois ans pour arrêter de me poser ces questions lancinantes: pourquoi suis-je lesbienne? Pourquoi moi et pas mon frère ou ma sœur, pourquoi? Comment alors ne pas comprendre que mes parents se soient eux aussi posé ces mêmes questions sans véritables réponses. Sans oublier que l’annonce de mon homosexualité leur a posé la question du comportement social à adopter face à cette situation. Trouver une réponse qui apaise leur conscience ne pouvait pas être immédiat…
La méthode la plus efficace, me semble-t-il, est de laisser le limon se déposer doucement au fond de l’eau pour y voir ensuite plus clair: la maturité ne s’acquiert jamais en un instant et les discussions dépassionnées sont toujours les plus fructueuses…

 

 

 

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