À
l’heure où la reconnaissance tardive des D.J.
femmes commence à peine, et bien que la parité
en ce domaine reste encore moins qu’un concept, on
ne peut faire l’impasse sur l’activité
hypercréative de ces D.J. femmes et parfois lesbiennes
sur la scène électronique. Cette émergence
de talents justifie largement de présenter cet étonnant
parcours multifaces pour faire ensemble le tour de la question
techno* en quatre-vingt mots.
Mais cet aperçu est surtout l’occasion de faire
envie aux nombreuses femmes qui restent encore hermétiquement
fermées à toute tentative d’intrusion
du beat* dans leur foyer. Et oui! Nous qui aimons la disco
oublions trop souvent qu’elle est la matrice des musiques
électroniques en général et de la house*
en particulier. Faisons un bref rappel historique et différentiel
de ce que la musique électronique est et de la manière
dont elle s’est ancrée à l’intérieur
de la communauté gay puis lesbienne.
La naissance
La techno, entendue d’abord comme un martèlement
robotique insensé sur lequel gigote frénétiquement
une horde de danseurs extasiés, est aujourd’hui
synonyme de culture à part entière. Comme
toute culture, la techno doit son émergence et son
développement rapide à de nombreux paramètres,
musicaux et sociaux. Côté racines, quelques
groupes allemands (Kraftwerk) isolés durant les années
70 ouvrent la voie à une musique populaire réalisée
à l’aide de machines. Côté structure,
le règne du disco et l’avènement d’une
dance culture ont donné au genre son tempo. La révolution
numérique commencée au milieu des années
80 fera le reste avec le triomphe de la micro-informatique
et de l’électronique domestique. Issue d’une
disco minimaliste, la techno annonce une mort certaine du
rock’n’roll, expression musicale désormais
dominante et forcément poussiéreuse.
Forgée sur des machines par une génération
élevée à l’informatique, la techno
affiche une nouvelle attitude. Une mentalité inédite,
pour qui la musique est accessible à tous (pas de
barrières linguistiques, pas de barrières
liées à l’apprentissage de la musique)
et un sens de la fête localisé sur les dancefloors
ou dans les raves. Un remake du «Peace & love»
hippie de nos parents transformé en «Peace
& respect» de nos jours ou plutôt de nos
nuits. Le pacte est scellé entre la technologie et
les musiques de danse afro-américaines. D’un
côté la perfection géométrique
des machines et des boîtes à rythmes, de l’autre,
le groove* qui appelle à la danse, cette force magnétique
et mystérieuse qui fait qu’on ne peut pas ne
pas danser…
Comment cela s’est-il produit? Lancé au début
des années 70 par des musiciens afro-américains,
très vite récupéré par la communauté
gay et par toute une société festive avide
d’abolir les barrières corporelles et sociales
de l’establishment, culturel et musical, le raz-de-marée
disco s’échoue lentement au début des
années 80. Quand subitement, la musique devient une
sensation physique qui enveloppe le corps, l’agglutine
en une masse mouvante et énergique guidée
par un(e) D.J., naît la nouvelle structure musicale
du deuxième millénaire, l’électronique.
D’abord un mouvement hédoniste et fascinant,
qui revendiquait l’égalité de tous dans
la fête, le droit à la séduction et
au plaisir par la danse, le disco est devenu un phénomène
commercial ordinaire.
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