«On
ne naît pas femme, on le devient» (Simone De
Beauvoir)
Qu’est-ce que la féminité? Qu’est-ce
qu’être une femme? Qu’est-ce qu’être
féministe aujourd’hui? Autant de questions
qui ont été posées à des femmes
transsexuelles (ou d’origine trans), autant de réponses
individuelles, calquées très souvent sur la
reproduction des schémas sociaux. Il n’en serait
certainement pas différent, si on posait les mêmes
questionnements à des femmes d’origine «biologique».
Les femmes d’origine transsexuelle sont imprégnées
elles aussi de cette sensibilité particulière,
qui nourrit cette force et cette forme intimiste de supériorité
que les mâles ignorent, et que seule une femme peut
ressentir et comprendre.
Qu’est-ce qui est le plus important, «être
une vraie femme, ou être une femme vraie?»
Celle qui vit et ressent ce qu’un homme ne peut percevoir,
celle pour qui le désir et le plaisir ne se cantonnent
pas exclusivement à la région pubienne, mais
pour qui la radiation envahit l’ensemble de l’enveloppe
corporelle. Celle pour laquelle, l’approche de sa
sensualité exacerbée passe d’abord par
l’esprit et non directement par l’entrejambe…
La dimension de la sexualité chez les transsexuel-les
est souvent mise au second plan, notamment avant leur mutation.
Leur corps ne leur appartenant pas, certain/es se refusent
le droit à le faire exister sexuellement.
En revanche, une fois tout rentré dans l’ordre,
en pleine harmonie avec elles-mêmes, ces personnes
peuvent s’épanouir comme tout un chacun, puisque
les miracles de la chirurgie «réparatrice»
(correctement appliquée) réussissent non seulement
l’esthétique, mais aussi le fonctionnel et
le pouvoir de la jouissance (y compris orgasmique).
C’est ainsi que toutes les formes de sexualités
sont pratiquées, et donc pas obligatoirement hétérosexuées.
L’homosexualité masculine reste très
rare chez les trans mâle. En revanche, le lesbianisme
est une pratique relativement répandue. La question
de l’orientation sexuelle de personnes transsexuelles
ou d’origine transsexuelle, se pose ainsi dans les
mêmes termes que pour le reste de notre société,
mais avec le désavantage parfois de cumuler aussi,
de fait, les difficultés sociales…
La question identitaire, notamment posée par les
trans, repousse les limites et bouleverse les certitudes
et certains savoirs. À la notion «d’orientation»
, il faut ajouter désormais celle «d’identité
sexuelle» .
Être, exister et vivre comme l’on se ressent,
sans jugement des autres, devrait être pour nous toutes
et tous un impératif. Vivre en harmonie avec soi-même,
n’est-il pas ce à quoi chaque personne aspire?
Les transsexuel-les, rescapé-es de leur long périple,
réussissent ce tour de force. Est-ce par jalousie
ou par intégrisme, hélas tout le monde n’est
pas encore aujourd’hui en capacité à
le comprendre, ou seulement de l’admettre?
Doit-on juger les personnes en fonction de leurs origines,
ou en fonction de leurs convictions intimes profondes et
de leur capacité à s’intégrer
dans un milieu qui est fondamentalement le leur?
Faisons le parallèle avec une personne d’origine
étrangère, mais française de revendication,
d’intégration culturelle et territoriale, de
conviction et d’appartenance civile et administrative.
Ne la considérons-nous pas naturellement et légitimement
comme nous toutes et tous?
Dans nos combats, nous condamnons les catégories
dominantes, n’en n’inventons pas de nouvelles.
Apprenons simplement à mieux nous connaître
sans préjugés, pour mieux nous accepter, sans
chercher à déterminer qui est plus vrai que
vrai.
Natacha Taurisson, présidente
de l’ASB.
L’ASB est l’Association du
Syndrome de Benjamin traitant de la question identitaire
et principalement de la question transsexuelle (1 rue Hector
Malot - 75012 Paris - 01 43 57 21 25 - www.asbfrance.org).
L’ASB est toujours heureuse d’honorer toute
invitation à des débats ou à des conférences.
N’hésitez pas à la contacter.
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