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À la recherche du désir disparu…

ll est une jolie conjugaison

 

Il est une jolie conjugaison qui s’accorde bien d’une relation amoureuse s’installant dans la durée : je t’aime, tu m’aimes, on sème… Et ainsi germe la jeune pousse, puis l’arbre croît et, de saison en saison, le feuillage change d’aspect : les bourgeons vert tendre s’épanouissent au printemps ; la solide frondaison protège des rayons du soleil en été ; les feuilles jaunissent et se flétrissent à l’automne ; et subitement, l’hiver arrive, dépouillant l’arbre de ses derniers atours…
Vivement la belle saison que les branches de nouveau frémissent sous la montée de sève, embaumant l’air du parfum subtil de ses fleurs fécondes. Et me voilà poète, romantique à souhait, mais… Où est le printemps? Au secours! dame Nature, rien ne frémit comme si le cœur de l’arbre avait cessé de battre. Il est toujours solide, ancré sur ses belles et grosses racines, les branches formant un nid, multiples brindilles… Bois mort.
Que se passe-t-il? L’amour est là, il scelle une relation confiante et tendre mais le désir n’est plus et le changement de saison ne semble rien y faire. Qui n’a pas vécu ça, cette irrésistible chute du désir au sein d’une union à tous égards satisfaisante? Vous? Quelle chance! Car moi, je le concède, cela m’est arrivé, et plus d’une fois. Alors bien sûr, cela ne vous concerne pas ; je vais quand même vous en parler, si vous le permettez, en vous priant de considérer mon propos comme purement, spéculatif.
Je pars donc de l’hypothèse que le désir d’ordre sexuel est un des fondements de la relation amoureuse et qu’assouvir ce désir est une manière à la fois de se procurer du plaisir et de conférer à la relation une inégalable touche de partage d’intimités. Jouir, il s’agit en effet de jouir, sentir son corps envahi d’un bien-être identique à celui que le cœur éprouve, se repaître du moindre frisson, oser la petite mort parce que celle qui la donne est une fée qui ressuscite. Mon amour, qu’elle est magique ta baguette qui fouette mes sens et m’emporte nue et frêle dans ce chaudron de cuivre où bout l’élixir de notre jouvence. Et me voilà de nouveau poète : le sexe attise mon romantisme, on ne se refait pas… ou presque. Et je replonge dans le bain… Aie! c’est froid, glacé, insipide. Mon amour, a-t-on payé la facture du gazier?
Mathilde est tête en l’air, si vous la connaissiez! Et puis, il y a le travail, on nous exploite, on nous spolie et mon désir s’élime sur les machines-outils. La rime était facile mais la cause incontournable. Métro, boulot, dodo, ça écorne, ça use, ça dissout l’envie dans la fatigue ordinaire de ces jours trop courts pour donner le temps de s’aimer. Et pourtant, on l’avait ce temps au temps où nous emportait le vent du printemps, jolie brise… Pourquoi ne l’a-t-on plus ce temps coquin d’avant? La vaisselle n’est pas plus longue à faire, la lessive pas plus sale, la maison n’a pas grandi et l’aspirateur est toujours plus puissant. Le ménage va donc plus vite mais c’est bizarre, c’est la télé qui en profite. La garce! vous l’avez vu darder de ses ions négatifs ma belle et tendre? Mais, je vais lui faire la peau à ce cube cathodique qui saoule Mathilde d’images rapides au point que mes fantasmes lui deviennent aussi excitants que la Sonnerie aux morts un jour de 11 novembre.

 

 

 

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