Pendant
que l’homosexualité se banalise, les lesbiennes
restent bien cachées. On en surprend bien quelques-unes
à se bécoter pour la Lesbian&Gay Pride.
Mais le reste de l’année, elles deviennent
parfaitement transparentes. C’est un don. OK tout
n’est pas rose, mais la banalisation n’est plus
un concept incertain pour média complaisants. Bertrand
Delanoë est là, bien assis dans le plus haut
fauteuil de l’Hôtel de Ville, toute la France
le sait. Et si vous cherchez bien, vous verrez que dans
son sillage… mais, trêve de tentation d’outing.
Pourquoi le monde lesbien ne prendrait-il pas le char en
marche ? Il est temps de sortir du carcan : «je suis
fière mais je me cache». Las, le palmarès
des arguments pro-discrétion n’évolue
guère. Il y a celles qui disent vouloir préserver
leur intimité, arguant que leurs histoires d’amour
ne regardent personne et que le contraire serait de l’exhibitionnisme.
S’embrasser en public n’est pas toujours évident.
On se dit que le groupe de jeunes derrière ne va
pas se gêner pour nous gratifier d’un «alors
les gouines, on se lèche». C’est insultant
mais rarement dangereux. Et que vaut une si médiocre
apostrophe au regard de l’expression sincère
de ses sentiments. Le commun des mortels n’a pas ça
dans ses séries télé. L’image
des lesbiennes que la pub ou les films lui diffusent est
loin de la réalité. Sur l’homosexualité
féminine, on manque cruellement d’imagination,
on pense aux gouines enhuilées de Dior™, aux
goudous chiennes de Gervais™ et autres attouchements
lesbiens, préliminaires incontournables à
tout porno qui se respecte. Et dans la rue, on n’en
voit pas. Alors comment se familiariser avec un milieu qui
se terre ? La plupart des gens ignorent ce qu’est
une lesbienne. Et c’est là que le bât
blesse, car la lesbienne est nombreuse m’sieurs-dames
et en plus elle est variée, tantôt féminine,
tantôt butch, riche, pauvre, noire, juive, jaune,
athée etc… Un peu comme tout le monde finalement
! Mais une trop grande prudence l’empêche d’exister
dans sa nombritude hétéroclite. Et force les
novices aux clichés. Gare à l’immobilisme.
Le travail de visibilité, c’est pas ma tante
qui le fera pour moi ! Les mecs travaillent à ça
de leur côté et ça commence à
marcher. S’il y avait autant de bars lesbiens et d’homos
affichés qu’en comptent les garçons,
ce serait aussi un bon moyen d’établir une
parité dans un milieu homo qui en a bien besoin.
On sait le pouvoir d’achat des homosexuelles moindre
que celui des gays, mais arrêtons le misérabilisme,
ça n’est jamais qu’une excuse de plus
pour ne pas se montrer. S’embrasser dans un lieu public,
c’est passé du sexuel au sentimental. Et donner
à un acte banal une résonance politique. Comme
le dit le maire de Paris, afficher son homosexualité
«ça fait avancer les libertés. Après
je veux que les citoyens s’en foutent». On dirait
que ça marche. Alors profitons-en. Un petit baiser
dans la rue par semaine pour commencer ; un coming-out dans
la sphère de votre choix par mois. Accélérer
la fréquence des coming-out jusqu’à
épuisement des non-avertis. L’augmentation
des doses de baisers est sans contre-indications.
Valérie Mitteaux
* Comme le dit la chanson
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