De
nombreuses discussions avec des amies m’ont fait comprendre
que ce désir “hétérocentré”
était loin de m’être personnel. Je ne
saurais vous en expliquer les raisons mais je constate que
finalement, ce n’est pas si gênant que cela
en a l’air. Dans mon cas, cela m’a permis de
me poser la question de savoir si, en fin de compte, je
ne serais pas plus réceptive que je ne le pensais
à la pénétration. Les fantasmes, bien
sûr, ne se résument pas à ceux que je
viens d’évoquer : ils sont si différents
d’une personne à l’autre qu’il
est bien délicat d’en faire une présentation.
Une chose est claire pourtant : les cultiver participe activement
à la quête du plaisir. Et si on parlait pénétration ?
C’est ainsi que petit à petit, de tentatives
avortées en surprises de l’instant, j’ai
pris conscience que j’éprouvais un réel
plaisir à être pénétrée.
Moi qui avais mal autrefois, qui pensais être clitoridienne,
j’ai découvert les secrets de mon vagin, sa
sensibilité, son appétit. Suis-je pour autant
une hétérosexuelle refoulée ? Dans les
années 70, les femmes revendiquant leur plaisir ont
cherché à réhabiliter le clitoris négligé
par beaucoup d’hommes. Des lesbiennes militantes à
l’extrême pour la construction d’un modèle
social et culturel débarrassé de tout symbole
phallique se sont emparées de cela jusqu’à
élaborer une théorie politique totalitaire
dans laquelle tout plaisir à la pénétration
est un leurre et considérant qu’y succomber
constitue un crime de lèse-amazone. Pourtant, le
vagin comprend des zones particulièrement sensibles
et notamment le fameux point G. Certaines le considère
comme une arlésienne. Je n’aurai qu’un
argument à leur opposer : je l’ai trouvé
et j’espère que l’on me pardonnera de
ne pas en faire la démonstration publique : mon exhibitionnisme
a ses limites ! Mais au-delà de ce point, la pénétration,
c’est aussi la sensation d’être comblée,
le partage avec sa partenaire d’une intimité
particulière. Qu’elle soit faite avec un ou
plusieurs doigts — voire la main ! — ou un gode,
elle me semble correspondre à un désir de
s’offrir, ventre compris, de s’ouvrir…
Le plaisir est si difficile à exprimer… Il
est en outre si personnel. Bien sûr, on n’a
pas besoin d’aimer la pénétration pour
être une amante performante. Chacune l’aura
compris, il n’y a pas d’échelle de valeur
dans la pratique sexuelle, pas plus que dans le plaisir
d’ailleurs. J’entends souvent des amies se plaindre
de ne pas avoir d’orgasme. Pas d’orgasme ou
pas de plaisir ? Les deux sont en effet à différencier :
le plaisir existe avant et après l’orgasme,
celui-ci étant couramment défini comme le
point culminant de la jouissance. Aujourd’hui, je
me demande si la quête effrénée de l’orgasme
ne réduit pas la quantité de plaisir alors
que l’inverse n’est pas vrai : une fois atteint
le sommet, la jouissance peut paraître fade alors
qu’un long moment de plaisir constant est une sensation
des plus réjouissantes… En outre, certaines
sont plus sujettes à l’orgasme que d’autres,
les enchaînant à fréquence rapide ou
n’en ayant qu’un, très violent. Quant
à produire des statistiques sur leur durée
ou leur fréquence, il en existe très certainement
mais elles me semblent par nature fausses : si l’on
me posait la question de savoir combien de temps durent
les miens, je serais infoutue de répondre sauf à
dire que cela dépend des jours, de ma forme, de mon
état d’esprit, etc… Une fois encore,
qu’importe ! Le but de la relation sexuelle doit toujours
rester de se donner mutuellement du plaisir et je remarque
que celui-ci change avec les partenaires même si les
pratiques sont identiques. Il n’est jamais mieux ou
moins bien, simplement la part d’émotion qui
y préside le rend —quel bonheur ! — différent
à chaque fois. Une quête permanente. Et c’est
ainsi que, d’amante en amante, j’ai découvert
quelques-uns des secrets de mon corps et de son plaisir.
Aujourd’hui, j’ai 38 ans et loin d’avoir
fait le tour de la question, je constate que mes pratiques
sexuelles évoluent encore et qu’à chaque
épuisement d’un fantasme, un autre naît.
Il m’est d’ailleurs arrivé d’avoir
peur, à en réaliser un, de le perdre dans
son pouvoir érotique. Il en fut ainsi de la sodomie.
Et puis un jour, cela a eu lieu ! Je dois avouer que j’ai
eu du mal à m’en remettre, pas physiquement,
bien sûr, ma partenaire a fait les choses tout en
douceur, ne lésinant ni sur le gel ni sur la lente
progression de son geste.
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