J’ai
découvert mon homosexualité à 27 ans,
et mon plaisir à 30, soit respectivement 10 et 13
ans après mon premier rapport sexuel. Depuis, je
découvre de jour en jour de nouveaux aspects de ma
sexualité tout en constatant que le lourd silence
qui pèse sur les secrets de notre corps et de notre
jouissance doit être levé, parce que beaucoup
le réclame, parce que le non-dit n’engendre
que malaise et malentendu. Voilà pourquoi j’ai
choisi d’évoquer aujourd’hui à
la première personne quelques-uns des aspects de
la sexualité lesbienne : je souhaite apporter une
amorce de réponse aux interrogations les plus courantes,
faire la preuve qu’il est possible d’en parler
sans mettre à mal cette douce pudeur si chère
à nos ébats. Je ne suis ni médecin,
ni sexologue. Je suis une femme, comme vous, en quête
de son bien-être. Je refuse d’avoir honte de
mes défaites, de mes peurs et de mes sentiments d’impuissance;
il ne s’agit pas non plus de me vanter de mes victoires,
de mes joies ou de mes instants de courage. Il s’agit
tout simplement de parler de notre plaisir parce que notre
équilibre personnel dépend aussi de notre
épanouissement sexuel. Les secrets de la vulve Dans
ces temps anciens où je fréquentais le sexe
masculin, je n’avais aucune répulsion pour
leur pénis et pourtant, dès qu’il était
question de pénétration, je partais en courant.
Cela me faisait mal. Mon gynécologue avait remarqué
au cours d’un examen que mon vagin était étroit.
Je n’avais fait aucun commentaire. Qu’il soit
là le motif ou que je sois sujette au vaginisme,
peu m’importait. Je m’arrangeais comme je pouvais
pour éviter toute pénétration. j'étais
clitoridienne (1), pensais-je, et si mon plaisir était
médiocre, c’était sans doute parce que
mes amants étaient du genre pressé et pas
si amoureux que cela. Parallèlement à ces
coïts minables, j’avais une grande activité
masturbatoire2 qui me procurait un plaisir bref mais intense.
J’aimais gâter mon clitoris d’une caresse
appuyée, presque violente, trois doigts bien à
plat dans l’axe de mon sexe. Je ne me pénétrais
pas, bien sûr, puisqu’il était avéré
que je n’aimais pas ça. Mes fantasmes faisaient
le reste et mon plaisir était une sorte de décharge
nerveuse dont l’intérêt principal était
de m’apaiser. La première fois où j’ai
fait l’amour avec une femme, j’ai reproduit
cette caresse, persuadée que son clitoris réagirait
comme le mien. J’avais tort. J’ai découvert
ce jour-là que chaque femme dispose officiellement
des mêmes organes génitaux mais que dans les
faits, chaque vulve à ses secrets morphologiques
comme érogènes. Le premier défi consiste
donc à localiser le clitoris de sa partenaire —dit
ainsi, cela peut sembler idiot; caché dans les replis
de la vulve, il n’est pas forcément très
accessible— puis à trouver la caresse adaptée
à sa sensibilité : courte pour celles qui
la trouvent vite insupportable, plus longue pour celles
dont le plaisir vient lentement; large et douce pression,
du plat des doigts, sur tout l’intérieur de
la vulve; friction précise, plus ou moins appuyée,
avec l’extrémité d’une phalange
ou de la langue; pincements du clitoris et des petites lèvres;
tendre ou vorace chatterie pratiquée avec la langue…
Les variantes sont multiples, et inépuisables. Puisque
j’évoque les rapports buccaux-génitaux,
permettez-moi de remarquer que si beaucoup de lesbiennes
aiment en être l’objet, elles sont moins nombreuses
à le pratiquer. Pourquoi ? Elles arguent en général
un certain dégoût pour la cyprine —joli
nom pour les sécrétions vaginales— ou
un malaise indicible par rapport à cette pratique
sexuelle.
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