La
lecture des articles de la presse généraliste
traitant peu ou prou d’homosexualité, nous
laisse toujours un goût amer : d’un côté
nous avons le sentiment que les journalistes confondent
systématiquement homosexualité et homosexualité
masculine en faisant la part belle aux gays; de l’autre,
et quand les lesbiennes sont au centre du sujet, c’est
comme si on nous parlait de femmes qui nous sont étrangères…
Qu’en est-il exactement ? Des articles qui ont la
couleur de la mixité Chaque année, la Lesbian
and Gay Pride est l’occasion d’une large couverture
presse qui donne l’impression que les lesbiennes sont
absentes de cet événement. À décortiquer
quelques-uns de ces articles, on remarque pourtant que si
les journaux ont une fâcheuse tendance à illustrer
leur sujet de papiers secondaires où il n’est
question que des pratiques culturelles, sociales, économiques
ou festives des garçons, leur papier central utilise
les termes génériques de “ Fierté
homosexuelle ” ou d’“ homosexualité
” et relatent l’événement sans
accorder de place particulière aux gays, sans nier
plus que cela l’existence des lesbiennes. Pourquoi
alors ce sentiment que les femmes sont réduites à
la portion congrue ? Pour tenter de répondre à
cette question, il convient de regarder de près d’autres
articles où, en apparence, l’homosexualité
dont il est question est autant féminine que masculine.
Le feuilleton parlementaire qui a abouti au vote de la loi
instaurant le Pacs a donné lieu à de nombreux
dossiers consacrés au couple hors mariage. Nous en
avons eu quatre1 entre les mains et force est de constater
que les lesbiennes sont loin d’être ignorées
: qu’il s’agisse des photos ou des récits
de vie, l’équilibre femme/homme est quasi-parfait
en même temps que dans le corps du texte chaque sexe
y est traité de manière équitable.
Ce constat est renforcé par la lecture d’articles
plus généraux comme celui de Marie France2
relatif à ces parents qui refusent de voir l’homosexualité
de leur progéniture ou celui du Nouvel Économiste
consacré à l’homophobie au travail3.
Un récent article du Monde4 pousse même l’équilibre
jusqu’à donner la parole à des lesbiennes
dans un débat impulsé par les gays, en l’espèce
la place que font les libraires à la littérature
homosexuelle alors que L’Humanité Hebdo5 innovait
un an plus tôt en illustrant un article sur les relations
du PCF avec les associations homosexuelles par une photo
représentant deux femmes. Choc des photos et poids
des mots On en vient à se demander si les lesbiennes
ne véhiculeraient pas une image de l’homosexualité
beaucoup plus acceptable que leurs homologues masculins
au point de leur voler la vedette. Cette hypothèse
n’est pas dénuée de fondement, ce d’autant
moins que les articles dont nous avons parlé présentent
des photos où l’esthétique prime. Point
de butchs ni de camioneuses donc, au profit de femmes souriantes,
bien dans leur peau et socialement intégrées.
On verra plus loin ce qu’il en est exactement mais,
à ce stade du développement, il est temps
de nuancer le constat qui vient d’être fait
car si ces articles ont la couleur de la mixité,
ils véhiculent néanmoins un sexisme larvé
mais bien réel par la reproduction d’un langage,
une culture, où quand on dit “ homosexualité
”, si l’on ne précise pas, c’est
bien “ homosexualité masculine ” qu’entend
l’inconscient. Ce phénomène trouve son
origine dans la langue française elle-même
et sa sacro-sainte règle du masculin dominant : un
groupe mixte se désigne du même mot qu’un
groupe non mixte, en l’espèce, les homosexuels.
Il est renforcé par l’ambiguïté
de la racine “ homo ”, étymologiquement
liée au grec homos “ semblable, le même
” et non à “ homme ” — venu
lui du latin homo, “ être humain ” —
comme pourrait le laisser croire l’homophonie des
deux racines. Ce poids de la langue trouve un écho
direct dans la plus grande visibilité des gays par
rapport aux lesbiennes comme dans le phallocentrisme ambiant
qui dénie toute sexualité aux femmes. C’est
dans ce contexte que quand les lesbiennes entendent parler
d’homosexuels, elles ont du mal à se sentir
concernées. Il ne faudrait en conclure qu’elles
sont paranos ni que les journalistes sont des grammaire-victims
et ce d’autant moins que ceux-ci entretiennent —
consciemment ou non, ce n’est pas la question —
le mâle-entendu.
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