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 Université d’été à Marseille ! (2001-2002)
 Visibilité de Valérie Mitteaux (2001-2002)

 

Médias et lesbiennes

La place et l’image des lesbiennes dans la presse écrite

La lecture des articles de la presse généraliste traitant peu ou prou d’homosexualité, nous laisse toujours un goût amer : d’un côté nous avons le sentiment que les journalistes confondent systématiquement homosexualité et homosexualité masculine en faisant la part belle aux gays; de l’autre, et quand les lesbiennes sont au centre du sujet, c’est comme si on nous parlait de femmes qui nous sont étrangères… Qu’en est-il exactement ? Des articles qui ont la couleur de la mixité Chaque année, la Lesbian and Gay Pride est l’occasion d’une large couverture presse qui donne l’impression que les lesbiennes sont absentes de cet événement. À décortiquer quelques-uns de ces articles, on remarque pourtant que si les journaux ont une fâcheuse tendance à illustrer leur sujet de papiers secondaires où il n’est question que des pratiques culturelles, sociales, économiques ou festives des garçons, leur papier central utilise les termes génériques de “ Fierté homosexuelle ” ou d’“ homosexualité ” et relatent l’événement sans accorder de place particulière aux gays, sans nier plus que cela l’existence des lesbiennes. Pourquoi alors ce sentiment que les femmes sont réduites à la portion congrue ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient de regarder de près d’autres articles où, en apparence, l’homosexualité dont il est question est autant féminine que masculine. Le feuilleton parlementaire qui a abouti au vote de la loi instaurant le Pacs a donné lieu à de nombreux dossiers consacrés au couple hors mariage. Nous en avons eu quatre1 entre les mains et force est de constater que les lesbiennes sont loin d’être ignorées : qu’il s’agisse des photos ou des récits de vie, l’équilibre femme/homme est quasi-parfait en même temps que dans le corps du texte chaque sexe y est traité de manière équitable. Ce constat est renforcé par la lecture d’articles plus généraux comme celui de Marie France2 relatif à ces parents qui refusent de voir l’homosexualité de leur progéniture ou celui du Nouvel Économiste consacré à l’homophobie au travail3. Un récent article du Monde4 pousse même l’équilibre jusqu’à donner la parole à des lesbiennes dans un débat impulsé par les gays, en l’espèce la place que font les libraires à la littérature homosexuelle alors que L’Humanité Hebdo5 innovait un an plus tôt en illustrant un article sur les relations du PCF avec les associations homosexuelles par une photo représentant deux femmes. Choc des photos et poids des mots On en vient à se demander si les lesbiennes ne véhiculeraient pas une image de l’homosexualité beaucoup plus acceptable que leurs homologues masculins au point de leur voler la vedette. Cette hypothèse n’est pas dénuée de fondement, ce d’autant moins que les articles dont nous avons parlé présentent des photos où l’esthétique prime. Point de butchs ni de camioneuses donc, au profit de femmes souriantes, bien dans leur peau et socialement intégrées. On verra plus loin ce qu’il en est exactement mais, à ce stade du développement, il est temps de nuancer le constat qui vient d’être fait car si ces articles ont la couleur de la mixité, ils véhiculent néanmoins un sexisme larvé mais bien réel par la reproduction d’un langage, une culture, où quand on dit “ homosexualité ”, si l’on ne précise pas, c’est bien “ homosexualité masculine ” qu’entend l’inconscient. Ce phénomène trouve son origine dans la langue française elle-même et sa sacro-sainte règle du masculin dominant : un groupe mixte se désigne du même mot qu’un groupe non mixte, en l’espèce, les homosexuels. Il est renforcé par l’ambiguïté de la racine “ homo ”, étymologiquement liée au grec homos “ semblable, le même ” et non à “ homme ” — venu lui du latin homo, “ être humain ” — comme pourrait le laisser croire l’homophonie des deux racines. Ce poids de la langue trouve un écho direct dans la plus grande visibilité des gays par rapport aux lesbiennes comme dans le phallocentrisme ambiant qui dénie toute sexualité aux femmes. C’est dans ce contexte que quand les lesbiennes entendent parler d’homosexuels, elles ont du mal à se sentir concernées. Il ne faudrait en conclure qu’elles sont paranos ni que les journalistes sont des grammaire-victims et ce d’autant moins que ceux-ci entretiennent — consciemment ou non, ce n’est pas la question — le mâle-entendu.

 

 

 

 

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