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Maudites Femelles

Divine après-midi chez les maudites femelles…

Treillis camouflage, tee-shirt kaki Barbara Bui des 10 ans d’Act-Up, Caterpillar montantes, pull bleu marine pseudo-uniforme… Non, non, je ne suis pas en route pour un bal costumé ou une quelconque soirée à thème, je me dirige d’un pas vaillant vers le Transfert afin d’y laisser s’épanouir ma part de maudite femelle. Je fréquente les soirées SM depuis plusieurs années déjà, mais cette fois j’accompagne Catherine, une copine vierge de cette expérience qui s’est décidée (enfin !) à venir après quelque temps de réflexion. Ce dimanche 14 janvier, il fait beau et froid sur Paris quand je m’engouffre dans ce club homo réputé. Lorsque je suis ressortie dans la nuit, je venais de passer près de cinq heures dans un mouchoir de poche avec une quarantaine de nanas et de mecs en cuir, uniforme, dentelles ou dans le plus simple appareil. Les apéros-contact que Les Maudites Femelles1 tiennent à l’Unity Bar ont permis à Catherine de faire connaissance avec les membres de l’association et d’adhérer. Il ne lui restait plus qu’à participer aux festivités. À 37 ans, elle confie : “Je ne connais pas le SM mais cela m’attire. Je n’ai pas d’idées précises sur ce que je cherche. Ça fait du bien un espace de liberté sexuelle. Heureusement, il n’y a pas de codes stricts, cela m’aurait rebuté. Je me suis toujours méfiée des groupes où il faut avoir un rôle et se fondre dans un moule. Je n’aime pas les clans.” Je la retrouve chez elle perdue dans sa penderie en quête d’une tenue ad hoc. Inquiète, elle avoue : “J’ai la trouille. Si je suis déjà allée dans une backroom, les filles n’y étaient jamais très actives alors que là, il paraît qu’elles se donnent”. Comme le flyer indique un dress-code “minimum noir”, nous partons d’un treillis noir, y ajoutons tee-shirt et baskets du même coloris, et un pull à capuche sombre pour la route. Il est entendu que je resterai près d’elle afin de lui présenter les habitués et lui tenir compagnie le temps qu’elle se sente à l’aise. Nous sommes parées ! Direction métro Tuileries. Nous arrivons vers 16h et c’est le test de la porte. Joe, la présidente, nous ouvre avec une boutade et un grand sourire. Il n’est pas question de se prendre au sérieux, car si Joe revendique l’aspect SM des Maudites, la convivialité y est essentielle : “Il y a un bon feeling, car l’important c’est l’état d’esprit. Toutes viennent s’amuser, quelles que soient les pratiques SM recherchées ”. Le ton est donné. À l’intérieur, nous retrouvons Marina, Italienne de charme arborant une robe qui s’ouvre sur un décolleté donnant envie d’être consolée contre son sein. Dans cet espace clos et sombre, son rire communicatif est un rafraîchissement permanent. Elle nous offre un verre et plaisante avec Catherine comme si nous étions autour d’un billard. Catherine se détend. Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de monde. Cela me permet de lui faire visiter l’endroit. L’entrée est minuscule, c’est une partie de l’unique pièce délimitée par un rideau et un panneau de bois étrangement parsemé de trous. Après un examen plus approfondi, Catherine découvre qu’il s’agit d’une réplique moderne des fameuses cangues chinoises. On est dans le bain. À gauche, on trouve le vestiaire, petit placard où chacun dépose une veste, un sac ou l’ensemble de ses vêtements après s’être changé : prendre le métro en jupe de latex, en bas résille ou en uniforme de flic new-yorkais n’est pas des plus évidents, même pour les fétichistes les plus motivés. J’entraîne Catherine au centre de la pièce. Le bar occupe toute la longueur d’un mur. Placée en hauteur, une petite télé diffuse des films. Face à l’entrée, un sling est prêt à l’emploi.

 

 

 

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