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Les lesbiennes à la télévision !

Comment les montre t on ?

Il est clair que telle n’est pas l’intention première de la télé-spectacle, plus prompte à présenter le sensationnel qu’à se faire l’écho de ce que l’homosexualité a de positif dans ses luttes et le bonheur de la vivre. Cette émission a atteint le degré zéro de la visibilité positive quand un jeune homme explique à “tous les jeunes garçons et les jeunes filles qui ne se sentent pas bien dans leur tête et qui se sentent mal dans leur peau qu’il ne faut surtout pas dire a quelqu’un que l’on est gay car c’est la fin de tout, tu perds ta famille, tes amis, en gros ta vie.” Il a bien le droit de le penser mais la télévision n’est-elle pas lA pour offrir des points de vue contradictoires représentatifs de toutes les démarches et de toutes les expériences ? Dans le même ordre d’idée, l’émission “C’est quoi l’amour ?” semble se faire une spécialité du genre “l’homosexualité, ce douloureux problème”. Celui consacré à deux femmes qui ont tout quitté pour vivre ensemble5 était inquiétant dans la somme de malheurs que ce choix a engendrée. Natty et Caroline ont expliqué comment elles sont tombées amoureuses du jour au lendemain et ont quitté maris, enfants et emplois… L’homosexualité, à en croire cette émission, ne semble pas compatible avec la vie de famille et une situation professionnelle. Un psy présent sur le plateau a fait ensuite son commentaire pour essayer d’expliciter ces “pulsions homosexuelles”. Faute d’arguments théoriques, il ne livrera pas vraiment de diagnostic convaincant, mais sa seule présence dans l’émission a ajouté une regrettable dimension pathologique au sujet traité. Les média ne mesurent visiblement pas l’impact qu’ils peuvent avoir sur les téléspectateurs pour qui l’homosexualité est encore un comportement contre-nature qu’il convient de soigner ou de confier à la clémence de Dieu. Ils ne mesurent pas l’influence qu’ils peuvent avoir sur des téléspectateurs qui en conclueront que toutes les lesbiennes ressemblent à ce qu’ils viennent de voir et non pas à la fille souriante et charmante qui vit en toute harmonie à côté de chez eux avec une colocataire. En clair, l’image que la télévision donne des lesbiennes dans ces talk-shows n’est pas encore ce que nous pourrions appeler “le bonheur”. La caricature semble être la règle, le stéréotype jamais contredit. A ce propos, on ne peut manquer d’évoquer le pseudo porno du dimanche soir sur M6. A chaque fois, une scène entre deux filles nous est proposée, soit afin d’aguicher les hommes, soit afin de satisfaire la nymphomanie de l’une des héroïnes, contrainte de fait à sauter sur tout ce qui bouge ! Une petite place pour le meilleur. Il ne faut cependant pas généraliser, même en matière de talk-show. L’émission de Jean-Luc Delarue, “Jour après jour”, consacrée au coming out6 était de bonne tenue tant cet animateur travaille ses castings de manière à proposer un panel où chacun peut se retrouver.
Aucune histoire personnelle ne se ressemblait, mais le point commun à toutes était l’émotion. Et quelle émotion, et ce, pour tous les témoins — un seul couple de filles et trois mecs célibataires — présents sur le plateau : l’histoire de ce couple était vraie, pure et surtout très belle. C’est rassurant : il est donc possible de voir à la télé un reportage qui donne une image positive et heureuse des lesbiennes. Cette différence tient en grande partie au travail et à la détermination de Charlotte Baut, la journaliste de Réservoir Prod qui a pris en charge cette série de reportages pendant presque un an. Jérôme, l’un des coming-outés de cette soirée nous a ensuite confié à son sujet : “La présence de Charlotte a été un soutien sans équivalent. Sans elle il n’y aurait pas eu cette émission, parce qu’ils ne voulaient pas qu’elle passe. Ils pensaient que c’était trop dur à filmer.” Heureusement encore, la télévision ne se limite pas aux reportages et aux talk-shows. Depuis quelque temps, ont émergé une floraison de fictions, de séries ou de films, où les lesbiennes étaient à l’honneur. Quel est le but de ces programmations ? Est-ce un phénomène de mode ? Si Canal+ et Arte disent que l’homosexualité est un sujet de société comme un autre qu’il leur appartient de couvrir7, on peut se demander si on n’en arrive pas à une course aux quotas. Qu’importe en fait ! C’est ainsi que la plupart des séries intègrent aujourd’hui un personnage lesbien ou gay. On ne va tout de même pas se plaindre de voir des lesbiennes à la télé. Au contraire ! Et surtout quand l’image qui en est donnée est des plus sympathiques. C’est ainsi qu’on a pu se régaler à regarder Ally Mc Beal, Buffy et les vampires ou encore Friends et d’y suivre les évolutions des personnages lesbiens. Qui n’a pas craqué sur le petit couple Carol et Suzanne de Friends, n’a pas attendu le baiser si populaire d’Ally Mc Beal avec Ling ou le moment ou Willow embrassera Tara dans Buffy —patience, cela va arriver vers la fin de la saison— ? Il en est de même pour les films qui ont été ces derniers temps diffusés sur les chaînes hertziennes. Le célèbre When Night Is Falling que la plupart des lesbiennes ont vu n’est malheureusement passé sur Canal+ que très tard dans la nuit. Il n’en demeure pas moins que la diffusion de films à thématique lesbienne grand public de bonne qualité est une grande nouveauté : Pourquoi pas moi8, Bound9, Belle maman10 (avec un incroyable couple de lesbiennes du troisième âge interprété par Line Renaud et Stephan Audran), Personal Best11, Thelma et Louise12…. Arte diffuse de nombreux téléfilms sur le sujet depuis un an, on peut même considérer la chaîne culturelle comme la championne de la programmation de films à thématique lesbienne ! Parmi les plus remarqués, citons Muriel fait le désespoir de ses parents13, un téléfilm dramatique français très réussi ; Tu m’aimes ?14, G d’Or 2000 du meilleur téléfilm parlant d’homosexualité féminine.

 

 

 

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