Que
dire sur l ’image et la place des lesbiennes à
la télévision ?
Que dire quand leur présence est si peu fréquente
? En l’an 2000, pour dix programmes annoncés
par les chaînes hertziennes comme comportant une thématique
homo, à peine un ou deux incluait des filles. C’est
trop peu ! A l’heure où Media-G.net, observatoire
du traitement de l’homosexualité dans les média,
constate que “cette année 2000 est sans doute
celle où la visibilité des gays et des lesbiennes
a le plus progressé dans les média”1,
les filles sont le parent pauvre de cette visibilité,
en quantité déjà, en qualité
malheureusement.
Cette carence n’est en effet pas la seule chose que
l’on remarque. La qualité des programmes est
aussi àmettre en doute : de nombreuses émissions
traitant peu ou prou d’homosexualité masculine
ont été diffusées et beaucoup étaient
d’une très bonne tenue. Media-G.net a créé
un mode d’évaluation sur la base de deux questions
posées aux internautes :
1/ Quelle est votre appréciation de ce programme
?
2/ Quelle est votre appréciation de l’image
de l’homo- sexualité donnée par ce programme
?
ceux-ci devant répondre à ces questions en
notant ce qu’ils ont vu sur une échelle de
1 à 10. Ce mode d’évaluation est certes
subjectif mais le nombre de participants à ces “sondages”
autant que celui des émissions concernées
(551) permet de dégager des tendances et de mettre
en avant le meilleur comme le pire de la télé.
Les notes moyennes obtenues en 2000 par les six chaînes
hertziennes sont respectivement de 7/10 (appréciation
générale) et 6,3/10 (image de l’homosexualité).
Ce n’est pas si mal… mais il est clair que ce
sont les programmes concernant les garçons qui tirent
ces notes vers le haut, à croire que c’est
trop compliqué dès qu’il s’agit
des filles… Talk-shows : le règne du pire.
La plupart des reportages ou des talk-shows dont les lesbiennes
étaient le sujet ou une partie du sujet, étaient
dans l’ensemble de mauvaise qualité, certains
allant jusqu’à véhiculer beaucoup d’homophobie…
On peut douter, par exemple, entendre un jour une lesbienne
dire “J’ai vu l’émission de Dechavanne,
Gazon mardi2 ! C’était génial !”
Ce talk-show était à la limite du supportable.
Les téléspectateurs ont en effet assisté
à une mascarade qui semble avoir particulièrement
discrédité la communauté lesbienne.
Tout au long de l’émission, l’animateur
Arthur –qui en était l’invité
principal– nous a fait profiter de ses plaisanteries
sur les “camionneuses moches”, toutes aussi
navrantes les unes que les autres. N’en citons qu’une,
bien dans le ton : “Quand deux filles se marient,
laquelle des deux porte la robe de mariée ?”
Au-delA de la présence d’Arthur, le choix des
invités par l’équipe de Dechavanne atteste
plus d’une quête du sensationnel que d’une
volonté de parler sereinement d’homosexualité.
Ainsi, un étudiant anti-Pacs et adhérant à
l’UNI3, sans doute présent pour pimenter la
tentative de débat, se fait remettre en place par
Christophe Dechavanne pour une plaisanterie douteuse sur
une lesbienne. Réponse de l’invité :
“Mais c’est un peu l’émission où
l’on peut chercher, c’est ce que l’on
m’a dit dans le briefing (...) c’est comme ça
que ça se passe !”… Malheureusement,
ce “Gazon mardi” n’était pas le
seul du genre, même s’il bat tous les records.
On peut citer une autre émission contestable dans
son principe : le “C’est mon choix”4 sur
le thème “Je ne veux pas révéler
mon homosexualité”. Parmi les invités
de ce talk-show, une institutrice grossièrement perruquée
et lunettée expliquait ne pas vouloir qu’il
puisse s’établir un amalgame entre son homosexualité
et les enfants. Mais de quel amalgame parlait-elle, de celui
couramment fait entre homosexualité et pédophilie
? S’il est vrai que celui-ci est si usuel que l’on
puisse comprendre que cette institutrice soit sur ses gardes,
on peut néanmoins regretter que France 3 en ait fait
état dans une émission n’affichant pas
plus clairement une volonté d’en dénoncer
l’homophobie.
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