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 Backrooms et lesbiennes de Cy Jung (2000-2001)
 Bi... s’abstenir ! de Catherine Deschamps (2001-2002)
 Vacances à la campagne (2000-2001)
 Conseils d'amies … (2000-2001)
 La multiplication des maisons d’édition lesbiennes (2000-2001)
 L'homophobie de Coralie Bistre (2000-2001)
 Au pays des Nippones ! de Isabelle Thézé (2001-2002)
 Les lesbiennes à la télévision ! de Céline, Media-G.net (2001-2002)
 Maudites Femelles de Isabelle Thézé (2001-2002)
 Médias et lesbiennes de Cy Jung (2000-2001)
 PACS, mode… d'emploi (2000-2001)
 Plaidoyer pour le plaisir… de Cy Jung (2001-2002)
 Des moyens de rencontre (2000-2001)
 Les sites lesbiens et mixtes ! de Co. (2001-2002)
 Faites du sport ! (2000-2001)
 Université d’été à Marseille ! (2001-2002)
 Visibilité de Valérie Mitteaux (2001-2002)

 

Au pays des Nippones !

Discrétion ou oppression ?

C’est sans doute à Roppongi, quartier connu pour ses bars et boîtes chaudes principalement destinées aux étrangers de passage à Tokyo, que l’on trouve le plus de filles habillées comme des garçons. Ce sont surtout des hôtesses hétérosexuelles payées par les bars pour surfer sur les fantasmes masculins que l’homosexualité féminine engendre. Le véritable quartier homo de Tokyo se situe lui à Shinjuku où l’on trouve sex-shops, bars, et boîtes. Ces dernières ne sont pas exclusivement homos mais organisent des soirées spéciales où gays et lesbiennes font la fête ensemble et parfois séparément. Si le secteur compte plusieurs centaines de petits bars gays, les lieux lesbiens ne sont qu’une dizaine, le plus vieux ayant dix-sept ans. Certains apparaissent pour disparaître au bout de quelques semaines. Les bars réservés aux filles sont rares, la plupart accueillent des garçons pour des raisons principalement financières. Ce sont soit des bars tels que nous les connaissons en France, soit des karaokés. Dans tous, il est courant qu’un droit d’entrée d’une moyenne de 150 francs français soit demandé, les consommations étant facturées en sus. Chaque lieu est le repère d’un certain type de lesbiennes, des drag kings aux filles les plus féminines portant cheveux longs et maquillage, par goût et non pour masquer leur homosexualité. A Tokyo, il n’y a pas d’archétype de la lesbienne, mais des styles très variés se côtoient ou s’opposent jusqu’à produire de véritables clivages entre lipstick et butch : ces deux extrêmes se détestent mutuellement, comme pour reproduire la barrière sociale entre hommes et femmes. Aujourd’hui encore au Japon, la véritable ligne de fracture n’est pas entre hétérosexuels et homosexuels, mais entre femmes et hommes, et ce bien plus que dans n’importe quel pays occidental. La hiérarchisation de la société japonaise n’est pas révolue et être lesbienne c’est avant tout être confrontée à des exigences sociales sexistes qui ont la vie dure. La forme de la sexualité elle-même ne pose pas de véritables problèmes dans la mesure où les Japonais n’ont pas de tabous sexuels. Mais cette liberté intime n’est permise qu’en contrepartie d’une façade où les rôles sociaux sont précisément définis. Marino, serveuse au Tamago1, a vécu cinq ans avec sa copine avant que leurs voisins ne se rendent compte qu’elles étaient en couple. Aujourd’hui, elle vit chez sa sœur qui n’est pas plus au courant de son homosexualité que le reste de sa famille et elle n’imagine pas leur en parler un jour. Être célibataire à 30 ans est courageux pour n’importe quelle japonaise socialement conditionnée à élever ses enfants en s’occupant du logement familial. Coming out est l’expression utilisée en japonais pour ce qui reste une étape que les lesbiennes de moins de 25 ans passent plus volontiers que leurs aînées, essentiellement dans le cercle restreint de leurs amies proches. Cela reste tout de même exceptionnel. L’adage «Pour vivre heureux vivons caché» est rigoureusement suivi par les lesbiennes nipponnes. La notion d’honneur, par exemple, est l’un des obstacles majeurs à la reconnaissance sociale des lesbiennes. C’est un leitmotiv dans les discussions que j’ai pu avoir avec des femmes rencontrées dans les bars de Tokyo. Masami Kasagawa, patronne du karaoké le Madonna2, raconte : “J’aimerais bien être plus active, plus visible dans les média, en particulier à la télévision, plus engagée dans des associations, mais il y a ma famille. Mes parents sont morts il y a quelques années, mais je ne veux pas gêner ma sœur et son mari. J’ai surtout peur pour eux, pour leur réputation”. Et si elle s’en plaint, ce n’est pas le pire pour elle. “Je pense qu’il est plus difficile d’être homosexuel aux États-Unis qu’ici au Japon, car là-bas la religion et sa condamnation morale de l’homosexualité semblent être une véritable menace pour les homos. Pas comme ici, où de ce point de vue-là, la vie est facile si on est discret”.

 

 

 

 

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