L’homophobie
est définie usuellement par les dictionnaires comme
étant l’hostilité s’exprimant
à l’égard des personnes homosexuelles.
Dans les faits, elle revêt des formes multiples qui
vont du regard en coin jusqu’au meurtre, en passant
par les insultes, les discriminations en tout genre, les
agressions physiques et le viol. Pour les lesbiennes, déjà
la proie du sexisme dans une société où
la place des femmes est encore à défendre,
elle est une atteinte supplémentaire à leur
dignité qui plonge ses victimes dans le désarroi
et la solitude. L’homophobie nous fragilise, il nous
appartient de nous unir pour la faire reculer. On aurait
tort de croire que cette hostilité devient un phénomène
marginal au fur et à mesure que les homosexuel-le-s
gagnent des droits nouveaux par le jeu conjugué du
militantisme des associations revendicatives et de l’évolution
des mœurs. Nous avons toutes entendu les propos des
anti-Pacs durant l’hiver 99. Nous avons toutes en
mémoire le témoignage bouleversant de Léa
Duffy (1). Et qui de nous n’a pas au fond de soi l’increvable
“ sale gouine ”, cette injure si familière
à tous que les enfants sont les premiers à
colporter ? L’homophobie cette année L’année
1999 a été marquée à Londres
par l’attentat contre un bar gay de Soho et aux États-Unis
par le meurtre particulièrement violent de Mathiew
Shepard. Ces actes redoutables ne doivent pas nous faire
oublier que l’homophobie nous touche avant tout dans
notre vie de tous les jours et que c’est là
qu’elle fait le plus de dégâts. Le rapport
annuel de SOS Homophobie compile et analyse les témoignages
reçus par cette association via sa ligne d’écoute
anonyme et dresse le portrait de ces atteintes quotidiennes
à notre dignité. D’une manière
générale, c’est au travail et dans la
vie quotidienne que l’homophobie s’exprime prioritairement.
En ce qui concerne le monde du travail, cette ligne d’écoute
enregistre de nombreux témoignages attestant d’insultes
et de brimades à répétition voire de
licenciements abusifs alors même que le droit du travail
semble le plus protecteur (2). C’est pourquoi cette
association a décidé d’engager une action
auprès des syndicats afin de les sensibiliser à
la discrimination fondée sur l’orientation
sexuelle et que les salariés trouvent auprès
de leurs organisations représentatives un véritable
soutien face à ces pressions psychologiquement ravageuses.
Quant à la vie quotidienne, les appels relatent tous
ces petits faits qui “ pourrissent la vie ”
jusqu’à parfois la rendre insupportable : refus
de location d’un appartement, injures répétées
des voisins, lettres anonymes, menaces, rejet par la famille,
etc. On notera enfin que cette homophobie ordinaire s’exprime
trop souvent encore lors des procédures de divorce
où de nombreux juges aux affaires familiales restent
sensibles à l’argument de l’homosexualité
de l’un des parents pour lui refuser la garde des
enfants. Au-delà de ces quelques exemples, on aura
compris que l’homophobie peut s’exprimer à
tout moment et par tout moyen. Les agressions physiques
sont certes moins fréquentes que les agressions verbales
ou les discriminations, elles sont la mise en cause de la
dignité des homosexuel-le-s portée à
son paroxysme. Face à cet état de fait, la
riposte est possible : le droit en vigueur, bien qu’incomplet,
est une parade ; rompre la loi du silence en est une autre.
Le droits des homosexuel-le-s3 Il n’est jamais très
aisé de faire valoir son droit. Les procédures
judiciaires sont lourdes, les commissariats qui enregistrent
les plaintes ont eux-mêmes des réactions et
des pratiques parfois homophobes, l’établissement
des faits et le recueil des témoignages sont souvent
aléatoires, le droit lui-même est incomplet.
Il n’en demeure pas moins que les homosexuel-le-s
disposent de quelques arguments dans l’ordre juridique
français et communautaire qui, en dépit d’une
jurisprudence complexe, aléatoire et qui ne leur
est pas forcément favorable, semblent de plus en
plus efficients. En droit français la personne homosexuelle
n’est pas protégée en tant que telle,
l’orientation sexuelle n’étant pas inscrite
dans les textes comme une liberté individuelle imprescriptible
alors qu’elle l’est, par exemple, dans la nouvelle
constitution de l’Afrique du Sud. Par contre, tout-e
homosexuel-le peut d’une part se prévaloir
devant le juge civil d’un “droit au respect
de la vie privée” et d’autre part obtenir
des juridictions pénales et civiles qu’elles
sanctionnent toute atteinte à son intégrité
physique et morale. S’appliquent également
aux homosexuel-le-s, comme à tout citoyen, le droit
pénal protégeant les individus de la diffamation
et de l’injure sans que pourtant l’injure homophobe
soit, à l’instar de l’injure raciale,
passible d’une amende de classe 4 4. En outre, les
associations ne sont pas fondées à agir en
cas d’insultes collectives, c’est-à-dire
d’injures visant les homosexuel-le-s en tant que groupe
social comme par exemple les associations antiracistes sont
fondées à le faire en cas d’incitation
à la haine raciale.
|