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 Backrooms et lesbiennes de Cy Jung (2000-2001)
 Bi... s’abstenir ! de Catherine Deschamps (2001-2002)
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 Au pays des Nippones ! de Isabelle Thézé (2001-2002)
 Les lesbiennes à la télévision ! de Céline, Media-G.net (2001-2002)
 Maudites Femelles de Isabelle Thézé (2001-2002)
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 Plaidoyer pour le plaisir… de Cy Jung (2001-2002)
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 Université d’été à Marseille ! (2001-2002)
 Visibilité de Valérie Mitteaux (2001-2002)

Backrooms et lesbiennes

Y-a-t’il une lesbienne dans la backroom ?

 

Que serait un guide lesbien si l’on n’accordait pas ne serait-ce qu’un soupçon de place à la question de nos pratiques sexuelles ? Cela resterait un guide, très certainement lesbien du fait même des adresses qui y sont livrées. Mais, il manquerait un petit quelque chose, non pas que nos amours se résument à une question charnelle, mais tout simplement parce qu’elles sont aussi une affaire de sexe. Il n’est pas question pour autant de faire un guide dans le guide qui dirait comment s’y prendre : ces choses-là sont du domaine privé et aucune “ recette ” ne vaut ce subtil mélange de désir, de tendresse et de passion qui fait de nos ébats des moments impérissables ! (1)
Plus intéressant est d’essayer de dresser un rapide portrait des évolutions en cours au sein de notre communauté. Ces dernières années ont été marquées par des initiatives visant à “ réhabiliter ” le sexe. Il y a toujours eu des femmes qui ont revendiqué leur sexualité, mais aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir exprimer au grand jour leurs désirs considérant que le temps où toute affirmation de sa sexualité était synonyme d’érotomanie pathologique était révolu. Après le Guide Lesbien qui parlait ouvertement de jouets sexuels et de sex-shops dès 1995, après le festival de film Cineffable qui propose, entre autres, films érotiques, débats sur la sexualité et stand d’objet sexuels, après l’ouverture éphémère d’un sex-shop féminin lors de l’Europride de 1997, en même temps que la prolifération des romans lesbiens où les scènes de sexe ne sont pas édulcorées, la plus marquante de ces initiatives a été l’ouverture à Paris de backrooms pour filles. De quoi s’agit-il ? Pour reprendre l’expression chère aux initiatrices de cette petite révolution des mœurs, ce sont des “ salons privés ”, c’est-à-dire des salles attenantes à un bar ou une boîte aménagées pour que puisse s’y vivre le plaisir sexuel. En avril 1998, le premier de ces salons a ouvert ses alcôves dans un bar qui d’ordinaire accueillait des soirées SM. On aurait tort d’en conclure que le choix de ce bar correspond à une adéquation entre pratiques sadomasochistes et fréquentation des backrooms.
Les deux choses ne sont pas liées et c’est faute d’avoir trouvé un lieu lesbien existant susceptible d’accueillir ce salon que ce bar fut choisi. Aux dires des organisatrices de ces soirées, les backrooms ont leur public : célibataires cherchant une aventure d’un soir, couples ne pouvant se rencontrer ailleurs, jeunes lesbiennes en recherche d’expérience, lesbiennes plus mûres en quête de rajeunissement, couples installés en manque d’imaginaire… Toutes les raisons sont bonnes et personne n’a droit de juger des mobiles de celles qui les ont fréquentées. La seule réserve que l’on puisse émettre vis-à-vis des lieux dont la seule activité est d’offrir une backroom, c’est de constater qu’il est bien difficile de «programmer» une envie de faire l’amour. Par contre, qui de nous ne s’est jamais retrouvée au plus fort d’une nuit de fête en face d’une vestale que l’on aurait aimé pouvoir enlacer au-delà du raisonnable sans quitter l’enceinte de cette boîte, de ce bar, de cette soirée qui nous l’avait fait rencontrer ?
Certaines se rabattent sur n’importe quel coin sombre ou clos offrant un minimum d’intimité à leurs chaudes caresses. La plupart de nous s’y refusent mais ne rêvons-nous pas que les lieux où nous nous retrouvons disposent de quelques tentures susceptibles d’abriter nos effusions passagères ? Cette ouverture à Paris de salons privés a donc mis en lumière une envie réelle de nombreuses lesbiennes de pouvoir vivre leur sexualité au grand jour. À l’automne 99, les Ladies Room qui ont élu domicile au Dépôt sont les seules à offrir de tels espaces sous la forme de trois petites cabines privées au milieu d’un espace mixte. C’est mieux que rien, diront les hésitantes ; c’est mieux que tout répondront les plus assidues; c’est du moins que rien railleront les contemptrices ! À chacune son point de vue… et ses pratiques sexuelles ! L’essentiel n’est pas de porter un jugement de valeur sur les backrooms mais de constater que là où elles ont existé, certaines les ont fréquentées, beaucoup ont eu envie d’y aller sans oser le faire quand quelques-unes ont préféré défendre l’idée que la sexualité lesbienne s’accorde mal de toute sortie hors le lit du lien amoureux. Les femmes ont trop souffert des stéréotypes misogynes sur leur sexualité, stéréotypes qui durant des siècles n’ont eu d’autre fonction que de les soumettre au bon plaisir des hommes, pour qu’il soit aujourd’hui légitime que des lesbiennes elles-mêmes décident de ce qui est sexuellement correct ou non. En 1998, celles-là ont jeté des boules puantes contre le stand de jouets sexuels présent à Cineffable ! Gageons que la multiplication des initiatives permettant aux femmes de vivre pleinement leur sexualité, et quelle que soit cette sexualité, permette enfin que ce tabou n’en soit plus un dans la société tout entière certes, mais au sein de la communauté lesbienne avant tout.


Cy Jung (juin 2000)
(Notes) 1 Pour celles qui se posent néanmoins quelques questions techniques, je ne saurais trop leur recommander de visionner la cassette «Lesbian Guide», vidéo qui à travers la description des pratiques du safe sex dresse un bel état des lieux de nos pratiques sexuelles.

 

 

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